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Renoncements aux soins et VIH

11/11/2018
Cette étude visait à estimer la fréquence de renoncement aux soins de santé (y compris les soins de santé non liés au VIH) chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) en France, et à caractériser les facteurs de risque socio-économiques et psychosociaux associés.

Méthodes : L'enquête transversale ANRS-VESPA2 a été menée sur les PVVIH adultes fréquentant les hôpitaux français en 2011. Les corrélations de renonciation aux soins de santé au cours des 12 mois précédant l'enquête ont été évaluées par modélisation logistique.

Parmi les 3020 PVVIH incluses dans l'étude, 17% ont déclaré avoir renoncé aux soins de santé au cours de l'année précédente et 42% avaient un niveau élevé d'insécurité sociale. Au cours des deux années précédentes, 8 % et 11 %, respectivement, ont été victimes de discrimination de la part du personnel médical ou de l'entourage familial. En analyse multivariée, des associations positives ont été trouvées entre le renoncement aux soins de santé et un niveau élevé d'insécurité sociale (OR [IC95%] 3.44 [2.54;4.65], p<0.001), avoir des enfants (1.52[1.10;2.10], p=0.01), être fumeur (1.50 [1.13;1.98], p=0.01), avoir été discriminé par le personnel médical (1,53 [1,22 ; 2,29], p=0,04) ou par l'entourage familial (2,48 [1,75 ; 3,52], p<0,001), avoir eu des épisodes dépressifs majeurs (1,46 [1,02 ; 2,09], p=0,04), être consommateur de drogues injectables,  passé ou actuel (1,54 [1,03 ; 2,30], p=0,04), et être plus jeune  (0,98 [0,97 ; 1,00], p=0,03). Le renoncement aux soins de santé était également associé négativement au diagnostic du VIH après 1996. En dépit de l'assurance maladie universelle en France, les barrières à l'accès aux sons et le le renoncement / refus aux soins par les PVVIH restent fréquent.

Comme précédemment rapporté ailleurs (1), dans l'enquête ANRS VESPA2, la principale raison ressentie sur la discrimination par les prestataires de soins de santé était le fait que les patients étaient séropositifs au VIH (rapporté par 7.2% de la population de l'étude). Les auteurs soulignent qu’il est inquiétant de constater que la sérophobie est un critère supplémentaire de discrimination à l'encontre des PVVIH, déjà confrontées à des inégalités en matière de soins de santé résultant de la précarité sociale.

La discrimination perçue de la part de l’entourage familial, principalement attribuée au fait qu'ils étaient séropositifs et, dans une moindre mesure, à l'orientation sexuelle est signalée par 6.2 % et 4.1 % de la population étudiée, et était également un facteur de risque de renoncement aux soins. De nombreuses données de la littérature montrent l'impact négatif de la discrimination familiale et sociale subie par les PVVIH sur l'observance du traitement antirétroviral. Cette discrimination est malheureusement souvent la conséquence involontaire de la décision de personne de partager son statut afin de surmonter l'isolement social. Les résultats de cette étude suggèrent que l'isolement social et la discrimination familiale découragent les PVVIH de se faire soigner.

En conclusion, cette étude rappelle que la précarité psychosociale, la discrimination par l'entourage familial et les prestataires de soins aggravent l'effet négatif de l'insécurité sociale sur le recours aux soins dans cette population. Afin d'assurer des soins médicaux optimaux, les auteurs soulignent la nécessité de la mise en place de stratégies pour prévenir la discrimination à l'encontre des PVVIH dans les services de soins. Une attention particulière doit être accordée aux patients en situation de précarité sociale.

Fiorentino M, Suzan-Monti M, Vilotitch A, Sagaon-Teyssier L, Dray-Spira R, Lert F, et al. Renunciation of health care by people living with HIV in France is still associated with discrimination in health care services and social insecurity - results from the ANRS VESPA2 survey. Antivir Ther (Lond). 23 janv 2018;

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